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31 août 2026
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Le risque routier en entreprise : obligations de l’employeur et plan de prévention

Panneaux de signalisation risque routier professionnel trajets professionnels

Le risque routier professionnel désigne l'exposition des salariés aux accidents de la route dans le cadre de leur activité. Il constitue la première cause de mortalité au travail en France. Pour protéger les collaborateurs et répondre à ses obligations légales, l'employeur doit obligatoirement évaluer ce risque dans le Document Unique (DUERP). Son plan de prévention doit s'articuler autour de trois piliers fondamentaux : l'optimisation des déplacements, l'entretien rigoureux du parc automobile et la formation de ses équipes à la sécurité.

En France, le risque routier est la première cause de décès lié au travail. Pour un commercial, un technicien de maintenance, un travailleur social ou un livreur, la voiture n'est pas un simple moyen de locomotion. C'est un outil de travail à part entière dont l'habitacle devient une extension de l'entreprise.

La frontière entre la route et le bureau est d'ailleurs de plus en plus mince, avec la multiplication des appels clients au volant ou la pression des plannings serrés qui peut pousser à participer à des réunions en conduisant. Qu'il s'agisse du trajet domicile-travail ou d'un trajet de mission, un accident engendre des conséquences dramatiques sur le plan humain, mais aussi de lourdes répercussions juridiques et financières pour l'entreprise.

Quelles sont les obligations du dirigeant face au risque routier ? Comment intégrer ce risque de manière opérationnelle et déployer un plan de prévention efficace ? Nous vous donnons les clés pour sécuriser durablement les déplacements de vos équipes.

Qu'est-ce que le risque routier professionnel ?

Pour bien appréhender les enjeux légaux et mettre en place des actions de prévention ciblées, il est crucial de faire la distinction entre les différents types de déplacements réalisés par un collaborateur. Aux yeux de la loi et de la Sécurité sociale, tous les trajets n'ont pas le même statut juridique, même s'ils impactent tous la santé de l'entreprise.

Le trajet de mission : le véhicule comme poste de travail

Le trajet de mission englobe tous les déplacements effectués pour le compte de l'entreprise dans le cadre strict de l'activité du salarié : rendez-vous client, intervention sur un chantier, livraison de marchandises, déplacement d'une agence à une autre.

Durant ce trajet, le salarié est considéré comme étant sous le lien de subordination directe de son employeur. Et ce, qu'il utilise un véhicule de fonction, un utilitaire de service ou son propre véhicule personnel avec des indemnités kilométriques.

Par conséquent, tout sinistre survenant lors d'un trajet de mission est qualifié d'accident du travail. Le véhicule est considéré légalement comme un lieu de travail. La responsabilité civile et pénale de l'employeur est ici pleinement engagée si les mesures de prévention n'ont pas été respectées.

Le trajet domicile-travail : l'accident de trajet

Le trajet domicile-travail correspond à l'itinéraire normal (le plus direct possible, hors détours liés aux nécessités de la vie courante) effectué par le collaborateur entre sa résidence principale et son lieu d'exécution du travail.

À la différence du trajet de mission, le salarié n'est pas sous l'autorité de son employeur lorsqu'il effectue ce parcours. Un sinistre survenant sur cette route est donc qualifié d'accident de trajet.

Cependant, bien que la responsabilité pénale du dirigeant soit écartée (sauf cas exceptionnels), les conséquences pour l'entreprise sont lourdes. Un accident de trajet engendre une désorganisation immédiate des équipes, un coût lié à l'absentéisme et impacte directement le taux de cotisation AT/MP (Accidents du Travail et Maladies Professionnelles) de l'entreprise. Intégrer ces trajets dans votre politique de prévention globale reste donc un enjeu humain et financier majeur, notamment si vos salariés viennent au travail en trottinette électrique par exemple. 

Les obligations légales : Le véhicule est un poste de travail

L'article L4121-1 du Code du travail est sans équivoque : l'employeur est tenu à une obligation de sécurité envers ses salariés. Il doit prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer leur sécurité et protéger leur santé physique et mentale.

Puisque le véhicule est considéré comme une extension de l'entreprise lors d'un trajet de mission, cette obligation s'y applique avec la même rigueur que dans vos locaux. En cas de manquement, la faute inexcusable de l'employeur peut être reconnue.

L'intégration obligatoire au DUERP

Le risque routier ne doit jamais être traité comme un risque secondaire. Il doit obligatoirement être identifié, évalué et consigné dans le Document Unique d'Évaluation des Risques Professionnels (DUERP) de l'entreprise.

Pour être en conformité, l'employeur doit cartographier l'exposition au danger pour chaque unité de travail. Il s'agit d'analyser la réalité du terrain :

  • Le kilométrage annuel parcouru par les collaborateurs.
  • L'état et l'ergonomie du parc automobile.
  • Les contraintes liées aux itinéraires (routes de montagne, embouteillages urbains, horaires de nuit).

Cette évaluation doit obligatoirement déboucher sur un plan d'action préventif concret et mis à jour au moins une fois par an.

Le lien insoupçonné avec les Risques Psychosociaux (RPS)

On résume souvent l'accident de la route à une vitesse excessive ou à de mauvaises conditions météo. Pourtant, à la racine du risque routier professionnel, on trouve très souvent un problème d'organisation du travail et de charge mentale.

Le risque routier est intimement lié aux Risques Psychosociaux (RPS). La pression pour respecter des plannings irréalistes, l'enchaînement de rendez-vous clients sans marge de sécurité ou l'injonction (parfois implicite) de rester joignable au téléphone en conduisant sont d’importants facteurs de stress.

Ce stress chronique au volant altère la concentration, pousse à la prise de risque et contribue directement à l'épuisement professionnel. Améliorer la sécurité routière dans son entreprise, c'est donc agir de manière très concrète sur la Qualité de Vie et des Conditions de Travail (QVCT).

Comment construire un plan de prévention efficace ?

L'évaluation du risque dans le DUERP n'est que la première étape. Pour protéger véritablement vos équipes et réduire drastiquement l'accidentologie, l'entreprise doit déployer des mesures concrètes. Un plan de prévention routière solide s'articule toujours autour de trois axes d'action majeurs.

Agir sur l'organisation des déplacements

La meilleure façon d'éviter un accident de la route est, logiquement, de limiter l'exposition au risque. Avant même d'évoquer le comportement au volant, l'employeur doit repenser l'organisation du travail :

  • Privilégier les alternatives : Favoriser la visioconférence pour les réunions internes ou les points clients qui ne nécessitent pas une présence physique.
  • Optimiser les plannings : Fixer des temps de trajet réalistes. Les calculs d'itinéraires doivent intégrer les aléas de la circulation, les pauses recommandées (toutes les deux heures) et les conditions météorologiques.
  • Éviter l'urgence : Bannir les tournées surchargées qui incitent les collaborateurs à "rattraper le temps perdu" en accélérant ou en prenant des risques.

Agir sur le parc de véhicules

Le véhicule de fonction ou de service est un outil de travail dont le maintien en parfait état de fonctionnement relève de la responsabilité exclusive de l'entreprise.

  • Le choix des véhicules : Lors du renouvellement de la flotte, privilégiez des modèles dotés d'aides à la conduite avancées (freinage d'urgence autonome, alerte de franchissement de ligne) et offrant une bonne ergonomie posturale pour limiter les troubles musculo-squelettiques.
  • Un entretien rigoureux : Instaurer des protocoles stricts pour le suivi des révisions, le contrôle régulier de la pression des pneumatiques, de l'état des freins et de l'éclairage.
  • Les équipements de sécurité : S'assurer de la présence systématique du matériel de sécurité dans chaque habitacle (gilets haute visibilité, triangles de signalisation, trousse de secours, extincteur).

Agir sur les communications et la charge mentale

C'est souvent le point de friction le plus délicat à gérer. L'usage du téléphone au volant (appels, mails ou SMS) est une source de distraction majeure qui multiplie le risque d'accident par trois.

  • Le droit à la déconnexion au volant : La direction doit instaurer une culture d'entreprise forte où un collaborateur sur la route est considéré comme injoignable. Ne pas répondre immédiatement à un appel ou à un email doit devenir la norme de sécurité.
  • La charte de bonne conduite : L'entreprise a tout intérêt à formaliser ces règles par écrit. De plus en plus de règlements intérieurs interdisent toute conversation téléphonique au volant, y compris avec un kit mains-libres ou le système Bluetooth du véhicule, car la conversation reste une distraction cognitive intense.

La formation et la sensibilisation : le rôle clé du collaborateur

Même avec une organisation du travail irréprochable et des véhicules équipés, le facteur humain reste la cause principale dans la grande majorité des accidents de la route. L'employeur a donc le devoir d'informer et de former ses salariés aux bonnes pratiques.

  • Des actions de sensibilisation impactantes : L'entreprise doit organiser des piqûres de rappel régulières : ateliers sur le temps de réaction, sensibilisation à la fatigue et aux addictions, ou encore exercices sur simulateurs de conduite. Ces moments permettent de lever le pied sur la routine et de recréer de la vigilance de façon ludique.
  • Le rôle stratégique du Sauveteur Secouriste du Travail (SST) : On l'oublie souvent, mais le risque routier ne se limite pas à la collision de véhicules. Un malaise au volant (arrêt cardiaque, hypoglycémie) est une urgence absolue. Avoir des collaborateurs formés en tant que Sauveteur Secouriste du Travail (SST) circulant sur les routes est un atout inestimable. En cas d'accident de la circulation ou de malaise, un salarié SST possède les réflexes pour sécuriser la zone, alerter les secours et prodiguer les premiers soins en attendant leur arrivée.

Foire Aux Questions (FAQ) sur le risque routier au travail

L'employeur peut-il payer l'amende d'un salarié flashé avec un véhicule de fonction ?
Non, et l'entreprise s'expose à de lourdes sanctions si elle le fait. Depuis 2017, l'employeur a l'obligation légale de désigner le salarié auteur d'une infraction routière (excès de vitesse, feu rouge grillé...) constatée par un radar automatique avec un véhicule de société. Si le dirigeant refuse de dénoncer le conducteur et choisit de payer l'amende sur les fonds de l'entreprise, il s'expose à une contravention supplémentaire pouvant atteindre 3 750 €.
L'utilisation du kit mains-libres Bluetooth est-elle autorisée au volant ?
Sur le plan du Code de la route, les dispositifs intégrés au véhicule (le Bluetooth) sont tolérés, contrairement aux oreillettes ou aux casques qui sont formellement interdits. Cependant, sur le plan de la sécurité au travail, une conversation téléphonique engendre une intense charge cognitive. C'est la raison pour laquelle la jurisprudence donne raison aux employeurs qui choisissent, via une charte ou leur règlement intérieur, d'interdire totalement les appels au volant (même en Bluetooth) pour protéger leurs salariés.
Quelles sont les sanctions pour le dirigeant en cas d'accident grave d'un salarié ?
Si un accident grave survient sur un trajet de mission et qu'il est prouvé que l'employeur n'a pas mis en place les mesures de prévention adéquates (absence d'évaluation du risque routier dans le DUERP, véhicule mal entretenu, plannings imposant des excès de vitesse), sa responsabilité civile et pénale est engagée. Il s'expose à la reconnaissance de la faute inexcusable (qui entraîne de lourdes conséquences financières pour l'entreprise afin d'indemniser la victime) et, dans les cas les plus graves, à des peines de prison et de fortes amendes pour homicide ou blessures involontaires.

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